En janvier 2026, 21 femmes se sont portées candidates aux élections communales de Tchaourou – un chiffre historique alors qu’aucune femme ne s’était présentée à la mandature précédente. Cette transformation politique n’est pas le fruit du hasard : elle résulte de plusieurs années de travail communautaire patient, mené par ADEF ONG en partenariat avec la Journée Mondiale de la Prière des Femmes (JMPF-CA). Retour sur les facteurs ayant rendu cette dynamique possible.
À la mandature communale précédente, aucune femme n’avait déposé de candidature aux élections communales de Tchaourou. Aucune. Pas une seule sur l’ensemble des arrondissements de la commune. C’est dire à quel point les femmes étaient absentes des espaces de décision politique locale.
En janvier 2026, 21 femmes ont déposé leur candidature. Vingt-et-une. Cette progression de zéro à vingt-et-une n’est pas seulement quantitative : elle marque une rupture qualitative dans la vie politique locale. Pour la première fois, des femmes prennent la parole publique, s’engagent dans la chose publique, revendiquent leur place dans les instances de décision.
Cette transformation n’a rien d’un miracle. Elle est le résultat d’un travail de longue haleine, mené par ADEF ONG depuis plusieurs années dans le cadre du projet Renforcement des capacités pour la participation des filles et femmes à la prise de décision, financé par la Journée Mondiale de la Prière des Femmes (JMPF-CA).
Quatre leviers pour transformer les normes
Comment passer d’une situation où aucune femme ne se porte candidate, à une situation où 21 femmes le font ? La réponse tient en quatre leviers complémentaires actionnés simultanément par ADEF ONG :
Levier 1 – Sensibiliser les communautés à grande échelle
Plus de 22 000 personnes ont été touchées en 2025 par nos sensibilisations sur les droits des femmes : élèves dans les collèges, apprenti(e)s dans les ateliers, femmes et hommes dans les ménages, leaders religieux et autorités traditionnelles. Cette saturation du discours public sur les droits crée progressivement une nouvelle norme sociale.
Levier 2 – Travailler avec les hommes, pas contre eux
Notre dispositif phare des « écoles de maris modèles » mobilise 45 maris formés dans 15 localités. Ces hommes animent eux-mêmes des séances dans leurs villages; l’effet pair-à-pair étant beaucoup plus efficace que les sensibilisations classiques pour transformer les normes masculines. En 2025, 476 séances ont été animées par ces écoles, touchant 5 612 personnes (dont 2 545 hommes).
Levier 3 – Mettre en place des comités de veille
20 comités de veille fonctionnels ont été constitués dans 20 villages. Leur rôle : suivre l’âge légal des mariés (via les registres des imams), repérer les enfants retirés de l’école, dénoncer toute violation des droits fondamentaux. Plusieurs villages se sont déclarés exempts de mariages forcés ou précoces : Tchaourou centre, Kassouala, Worogui Goura, Guinirou, Alafiarou, Wari-Maro.
Levier 4 – Faire le plaidoyer auprès des leaders
7 séances de plaidoyer ont été menées en 2025 auprès des leaders et autorités des arrondissements de Goro, Bétérou, Alafiarou, Sanson, Tchaourou et Tchatchou; touchant 140 personnes influentes. À ces séances s’ajoutent 8 émissions table ronde diffusées en bariba, nagot et fulfuldé sur la radio locale, et 9 microprogrammes rediffusés au moins trois fois par jour.
L’autonomisation économique, un levier oublié de la participation politique
Une candidate aux élections communales doit pouvoir financer sa campagne, dégager du temps pour faire campagne, et s’autoriser à prendre la parole en public. Ces trois conditions supposent une autonomie économique préalable. C’est pourquoi notre projet ne se limite pas à la sensibilisation aux droits : il finance directement l’autonomisation économique des femmes.
En 2025 :
- 20 jeunes filles vulnérables ont été insérées en formation professionnelle (couture, soudure, coiffure, maintenance informatique, photographie, pâtisserie…)
- 10 d’entre elles bénéficient d’un kit de production pour démarrer leur activité immédiatement
- 30 femmes entrepreneures déjà en activité ont été identifiées et accompagnées
Cette autonomie économique est la clé qui ouvre, plus tard, la porte de la participation politique.
Et maintenant ? Cap sur la mandature 2026-2033
La dynamique enclenchée est désormais irréversible. Il n’y a plus de retour en arrière possible vers une vie politique locale exclusivement masculine.
Pour la mandature 2026-2033, ADEF ONG poursuivra son action selon trois axes :
- Former 70 femmes leaders supplémentaires sur le leadership féminin et la participation à la gestion des affaires publiques (objectif 2026)
- Doter les femmes entrepreneures identifiées d’outils de gestion et de commercialisation numérique
- Accompagner les élues, et les candidates non élues qui se représenteront, vers une participation effective et durable à la vie publique

